Ce midi caniculaire de fin août, Chris Malonga enchaîne les dribbles et gestes techniques pour les besoins d’une chaîne de télévision. L’évoquer en l’attendant dans l’entourage du Lausanne Sport, c’est convoquer les éloges sur sa personne. Le milieu offensif franco-congolais se profile comme « un gars posé, super sympa et pas une star ». Disponible et ouvert sur le monde, ajoutera-t-on.
Chemise griffée bleue roi, il reviendra sur le prêt d’une année à Lausanne, sur ses liens au Congo qu’il vit comme International depuis 2006 et dont il rappellera qu’à l’heure ou nous parlons se fête l’indépendance. Mais pas seulement.

Comment s’est concrétisé le prêt au Lausanne Sport?

Par le biais de Laurent Roussey, qui m’a contacté fin juin. J’en ai parlé avec Matt Moussilou. la situation étant un peu compliquée à Monaco, c’était vite vu. Je ne jouais plus en première équipe depuis le retour de sélection, en novembre 2011, sans explication. Le manager d’Ajaccio m’a appelé pour que je vienne, il m’a fait sentir que les joueurs attendaient ma venue, qui aurait pu être un plus pour le club en termes d’image. C’était très intéressant mais j’avais besoin de jouer et de me faire tout petit. De mener mon petit bout de chemin tranquillement. A Ajaccio j’aurai été épié. Si ça tournait mal j’aurai été la cible numéro un. En France, on catalogue assez vite. J’avais besoin d’autre chose. Même s’il y a des attentes, je suis convaincu qu’ici la pression est moins grande. Je sens que je monte en régime, j’espère que ça apportera à l’équipe.

N’avez-vous pas essayé de quitter Monaco au mercato d’hiver?

Bien sûr. Au moment ou mes agents ont pris le devant pour expliquer mon souhait, les dirigents ont affirmé que si on devait couler, on coulerait tous ensemble.

Pour Lausanne, la saison ne s’annonce pas forcément facile.

Quand je suis arrivé, Matt Moussilou m’a hébergé chez lui – tous les Africains sont frères. Il m’avait dit clairement qu’il valait mieux jouer en première division Suisse qu’en deuxième division française. Ça reste l’élite d’un pays. Se confronter à des équipes comme Bale ou Sion est toujours bénéfique. Et puis même si l’objectif majeur est le maintien, pourquoi ne pas chatouiller les équipes de têtes? Le championnat est très homogène. Dire qu’on va se battre pour la neuvième place, non. On va chercher le meilleur classement possible.

Quelles comparaisons établiriez-vous entre la L2 et la Super League?

Le championnat Suisse est beaucoup plus technique. J’ai été surpris. Toutes les équipes posent le jeu et essaient de joueur. Au niveau de l’impact physique, la L2 est au-dessus. Il y a beaucoup moins d’espaces qu’ici. Les équipes parviennent à occuper tout le terrain.

Que saviez-vous auparavant de la Super League?

Je connaissais les équipes majeures. Sion, Bâle, Zurich, Grasshopper et Servette. Mais aussi Lausanne, parce qu’il était venu en coupe d’Europe quand j’étais à Auxerre. J’ai suivi ce qui s’étais passé ensuite. Je suis un curieux de football, je suis informé sur des équipes de championnat même mineurs. En Roumanie, au Danemark, en Belgique. Certains copains du centre de formation n’ont pas percé et sont partis à gauche et à droite. Je jette un coup d’oeil aussi.

Comment décririez-vous votre travail avec Laurent Roussey

Je lui doit beaucoup de reconnaissance. Miser sur quelqu’un qui a joué en Ligue 1 mais qui n’a pas joué la saison précédente, c’est un pari. Juste pour cela je devrai le remercier indéfiniment. Pour parler de l’entraîneur lui-même, il veut me pousser à créer la différence non sur une passe mais sur le but. Dans ma vision de footballeur, je prends plus de plaisir à faire marquer qu’à marquer. On m’a toujours catalogué comme un milieu de terrain qui peut donner des passes mais pas forcément comme un buteur. de la part de Laurent Roussey, ce n’est pas juste un discours. Il me fait beaucoup travailler devant le but ce que j’effectuais très rarement auparavant. C’est un vrai état d’esprit qu’il faut avoir. L’esprit entre guillemets de « tueur ». J’ai beaucoup de plaisir à jouer avec cette équipe, je ne sais pas si ca se ressent.

 

Qu’en est-il de l’approche de Laurent Roussey sur le plan psychologique?

Il a cette touche. Je marche beaucoup à l’affectif et au dialogue. Je pense qu’il a cerné très vite mon personnage. Matt Moussilou m’avait dit qu’il avait cette proximité avec les joueurs. Je me rappelle clairement du passage de Laurent Roussey à Saint-Étienne comme coach. Il avait terminé en qualification européennes, il était proche de ses joueurs et toujours derrière son groupe. Il est très minutieux dans le travail, et avec lui on peut échanger ce qui n’est pas forcément le cas avec tous les entraîneurs. Même s’il était un peu plus sanguin, Guy Lacombe avait un profil semblable.

Quelle est votre marge de progression?

On m’a appelé pour apporter un plus offensivement. Il faut que je marque, déjà, et que je sois décisif au haut niveau et sur la durée. Je dois être beaucoup plus régulier. Je me dois d’avoir passé ce palier. On dit souvent que le manque de régularité est du à la jeunesse. A un moment donné, il va falloir passé devant.

Dans quels systèmes de jeu avez-vous évolué le plus souvent et à quel poste?

Essentiellement en 4-4-2 et sur le couloir gauche. Je peux jouer a droite ou en soutien de l’attaquant. Je me suis davantage affirmé sur le côté gauche où j’ai été formé. Mais j’aime bien me retrouver derrière l’attaquant car on touche beaucoup de ballons.

Vous aviez été repéré par Guy Roux en junior à Migennes. Quels coaches vous ont marqué?

Guy Lacombe, qui m’avait amené à Monaco. Tous le monde louait ses qualités. Dans tous ses entraînements, il y avait une recherche. Il s’entretenait beaucoup individuellement avec les joueurs.

Quel était son point de vue sur votre jeu?

Il voulait faire de moi le nouveau Florent Malouda, qu’il avait eu à Guingamp. Toutes proportions gardées, c’est un joueur qui aime partir de loin, qui a un bon pied gauche et qui joue sur le côté. Il dégage beaucoup plus de vélocité mais c’est une référence à laquelle je me tiens. Quand je regarde un match, je suis attentivement toutes ses performances , comme celles des joueurs à mon poste. Pour leurs dribbles, leur placement, leur intelligence de jeu. Sur un match de haut niveau il y a de la qualité, certes, mais aussi de l’intelligence.

Une dimension peu mise en évidence…

Dans la façon de le considérer, le sportif est quelqu’un qui court, court, court. Or, ce n’est pas que cela. Quand tu donnes une interview, tu cites deux ou trois références et on te regarde bizarrement. Certes le sportif est un peu dans sa bulle, mais il sait aussi s’ouvrir sur le monde. Faire disparaître les préjugés prendra du temps.

Vos activités en dehors du football?

J’aime bien lire, et comme tous les jeûnes, aller au cinéma ou jouer aux jeux vidéos, même si je me suis calmé. Je lis des biographies de joueurs, de personnages célèbres. La dernière dans laquelle je me suis plongé est celle de Mandela. Je m’aperçois que je ne le connaissais pas tant que cela. Je m’intéresse aux phénomènes de société, par exemple à la sociologie des émeutes.

Quelle a été votre vie à Monaco?

À la base, je suis casanier. On ne peut pas me trouver à tous les coins de rue. La vie là-bas est agréable – dire le contraire serait faux. A Monaco, c’est un peu bâtard: il y a tout pour s’épanouir, mais aussi pour s’éloigner du football. C’est le danger. Je ne dirai pas que j’aime le matériel, mais j’aime me faire plaisir de temps en temps à bon escient.Sans en abuser, ni me prendre pour ce que je ne suis pas.

Votre prêt au LS coïncidera en juin avec la fin de votre contrat à Monaco. Et au-delà?

L’erreur serait de me projeter sur l’année prochaine. Aujourd’hui on m’offre la possibilité de m’exprimer, à moi de redonner cette confiance. Et surtout de ne pas être visionnaire. De prendre les choses comme elles doivent se passer.

Vous êtes plutôt zen?

C’est mon tempérament. Je suis assez baba cool, toujours optimiste. Je tiens peut être ça de mes parents.

Votre côté africain?

Oui je pense que c’est cela. Ca ne m’empêche pas de me remettre en question.