« CHRIS, LE GENTLEMAN »

Chris Malonga (25 ans) est arrivé en prêt au début de la saison, en provenance de l’AS Monaco. À peine acclimaté à son nouveau club, il a illuminé ce premier tour de par sa vitesse et sa patte gauche bien souvent décisive. Humble et très posé, il revient sur ses débuts au LS, son parcours et sa personnalité. En toute décontraction. Entretien.

Chris, dis-nous tout d’abord ce qui t’a motivé à venir à Lausanne…

J’étais à la recherche d’un projet m’offrant du temps de jeu et, concrètement, Lausanne s’est manifesté assez rapidement. Cela s’est fait par l’intermédiaire de Laurent Roussey – un entraîneur français avec une certaine renommée – et par des joueurs français de l’effectif, notamment Matt Moussilou avec qui je jouais en sélection. À partir de là, j’ai pesé le pour et le contre et, sachant qu’il y avait plus de pour que de contre, je suis venu.

Honnêtement, que savais-tu de la Suisse et de son championnat avant de venir ?

Je savais un peu comment fonctionnait le championnat car Matt m’en parlait et, vu que j’ai l’habitude de suivre différents championnats, je connaissais aussi certaines équipes. Quant au Lausanne-Sport, je l’avais vu quand j’étais à Auxerre car il était venu jouer là-bas en Coupe d’Europe. Je savais donc plus ou moins dans quel club j’arrivais.

Une fois arrivé ici, comment se sont passés les premiers contacts avec tes coéquipiers ?

Tout s’est extrêmement bien passé et les joueurs m’ont super bien accueilli dans le groupe. J’avais eu vent de leur précédente saison où ils s’étaient maintenus difficilement et je sentais quand même, mine de rien, qu’ils en parlaient et qu’ils avaient finalement un peu d’appréhension à l’entame de la nouvelle saison. De mon côté, j’ai essayé d’apporter ce que je savais faire, on a tous uni nos forces et, pour le moment, ça porte ses fruits.

Au point de réaliser un très bon premier tour…

C’est clair ! Même si le championnat n’est pas terminé, on peut dire que, jusqu’ici, on a déjoué plus d’un pronostic. Après, au-delà de la place occupée, il y a aussi eu les prestations sur le terrain : on a créé quelque chose, c’était un jeu en équipe et ce n’était pas « à l’abordage seul contre tous. » C’est vraiment tous ensemble qu’on a montré des belles choses et c’est logiquement qu’on a été récompensé à la fin de cette première moitié de saison. Maintenant, ce n’est pas une fin en soi et il y a un second tour. À nous donc de nous appuyer sur ce qu’on a fait jusqu’ici pour continuer sur la bonne voie.

Alors que les autres équipes vont peut-être désormais davantage se méfier de vous, comment vois-tu cette seconde partie de saison ?

C’est sûr, je pense que nos adversaires n’auront pas forcément le même regard sur nous. Ce sera nouveau de jouer avec ça, on n’a pas l’habitude d’avoir ce rôle là  mais il va falloir qu’on s’y fasse. De notre côté, l’essentiel est de continuer à montrer ce que l’on sait faire, c’est-à dire jouer sans se poser de questions. Aujourd’hui, on a une certaine avance sur la barre, il faut donc continuer à creuser l’écart et, pour ce faire, nous devons regarder vers l’avant plutôt que vers l’arrière.

Maintenant que tu as joué contre chaque équipe de Super League, est-ce qu’il y en a une qui t’a plus particulièrement impressionné ?

Après avoir rencontré toutes les équipes, j’ai été agréablement surpris de voir la qualité qu’il y avait dans ce championnat. Je le connaissais un peu, mais j’ai pu voir qu’il y avait une réelle volonté de poser le jeu et de jouer vers l’avant. Autrement dit, il n’y a pas une formation qui est toute regroupée derrière et qui attend la 95e minute pour marquer un but. D’un point de vue plus général, je trouve que le championnat est assez homogène et qu’il n’y a pas nécessairement une équipe qui sort du lot. La preuve, j’ai entendu dire que d’habitude Bâle gagnait tout le temps le titre mais, aujourd’hui, c’est Grasshoppers qui est en tête. Ça prouve donc qu’il y a une homogénéité dans ce championnat. Et quand on voit un club comme Saint-Gall s’inviter dans le haut de tableau, ça prouve que chacun peut avoir sa part du gâteau.

À titre personnel, tu es venu là pour te relancer et on peut dire que ça se passe plutôt bien pour le moment…

Oui, c’est clair mais, comme on dit, c’est à la fin du bal qu’on paie les musiciens. Il reste encore plusieurs mois avant la fin du championnat, je vais essayer de réitérer les mêmes performances que lors de cette première partie de saison.

Tu sembles t’être bien acclimaté au groupe. Il faut quand même dire que vous êtes une « sacrée bande » de Français…

Oui, c’est exact (rires). Mais le groupe vit bien et ça ce ressent aussi sur le terrain. Quand je suis arrivé ici, j’ai vite compris que c’était une bande de copains qui aimait bien vivre ensemble et je pense aussi que la saison difficile que le club a connue l’année dernière a resserré les liens. Après, des joueurs d’expérience comme Gabri et Rodrigo sont venus se greffer et je pense que cette équipe est à l’image du championnat : homogène. Le panaché entre jeunes et moins jeunes donne vraiment quelque chose d’intéressant, mais on ne peut pas juste s’arrêter sur ça. Maintenant, il faut montrer que le bon état d’esprit du groupe, cette bonne dynamique, se manifeste aussi sur le terrain.

Parmi ces joueurs, est-ce que Matt Moussilou a eu un rôle particulier pour toi, notamment pour t’aider à prendre tes marques ici ?

Bien sûr, il m’a expliqué les rouages et le fonctionnement du club, il m’a aussi donné un peu plus d’informations sur le championnat. Il a clairement joué son rôle de grand frère pour moi et ça s’est très bien passé jusqu’à présent. Pourvu que ça dure…

On a pu te voir évoluer à différents postes lors du premier tour, mais est-ce celui de milieu gauche que tu préfères ?

C’est vrai que j’ai été formé à ce poste d’ailier/milieu gauche mais, à l’heure actuelle, je m’aperçois que ce n’est pas forcément mon poste de prédilection. Autrement dit, j’aime aussi m’excentrer sur le couloir droit pour pouvoir rentrer sur mon pied gauche, tout comme j’aime jouer plein axe parce que c’est là où tu touches le plus de ballons et où tu t’approches du but. Aujourd’hui, contrairement à avant où je n’avais que le poste de milieu gauche en tête, je suis beaucoup plus ouvert et j’aime bien tous ces postes-là.

Hormis les buts que tu as déjà mis en Super League, tu as également marqué en Ligue 1, en Ligue 2, en Coupe de France, en Coupe de la Ligue, en Coupe d’Europe et en sélection nationale. Quand tu dis que tu n’es pas un buteur, c’est une bonne blague ?

(Rires) Non, parce que si on prend le ratio matchs joués/buts, je n’ai pas celui de Cristiano Ronaldo. Disons que la réussite m’a souri de temps en temps, mais je ne fais personnellement pas une fixation sur les buts.Comme j’évolue à un poste beaucoup plus en retrait que celui de numéro 9, ma vision première est de faire marquer les autres. Après, bien sûr que si je suis en position de marquer je ne vais pas me priver ! Aujourd’hui, je pense que je dois être entre vingt et vingt-cinq buts marqués, ce n’est pas si mal, mais on peut toujours mieux faire.

Parmi ces buts, est-ce qu’il y en a un qui t’a particulièrement marqué, de par son importance ou sa beauté ?

Je dirais celui avec Nancy, contre Bordeaux : il n’est pas forcément très beau, mais il est important vu qu’on a gagné et qu’il y avait une fête organisée ce jour-là pour les quarante ans du club. Ayant été formé à Nancy, ce club qui m’a fait découvrir le haut niveau a une place spéciale dans mon coeur et j’ai donc un petit faible pour ce but-là. Sinon, il y aussi eu celui avec la sélection, pas forcément le dernier contre le Niger, mais celui contre le Tchad. C’était ma première sélection, la première fois que je posais les pieds au Congo et j’ai réussi à marquer ce but qui nous a permis de faire le break. C’était aussi un moment très fort.

Justement, tu as la double nationalité franco-congolaise, mais tu as choisi l’équipe nationale du Congo, avec qui tu as connu ta première sélection à dix huit ans…

Oui, contrairement à ce que certains pensent, c’est un choix que j’avais fait depuis un bon moment. Depuis que je suis jeune, j’ai toujours eu cette intention de pouvoir jouer pour mon pays d’origine, le pays de mes parents. Du coup, quand l’occasion s’est présentée, je n’ai pas réfléchi deux secondes et j’y suis allé la tête la première !

Avec Matt, tu joues pour ce pays qui a failli se qualifier pour la dernière Coupe d’Afrique des Nations et qui l’a même remportée en 1972. À moyen terme, penses-tu qu’on puisse voir cette sélection à la CAN ou même à la Coupe du monde ?

On va dire que ce serait déjà bien de se qualifier pour une CAN, car ça fait longtemps que le pays n’y a pas participé et ça commence à manquer. Après, on est actuellement en tête de notre groupe pour les éliminatoires de la Coupe du monde alors, ça peut paraître un rêve fou, mais pourquoi pas ? On va jouer les matchs à fond et on verra bien ce qui se passera, mais le premier objectif  du pays reste quand même clairement de se qualifier pour une compétition continentale.

Aujourd’hui tu es prêté par Monaco, club qui est bien parti pour retrouver la Ligue 1 la saison prochaine. Sais-tu déjà si tu y retourneras ou peux-tu imaginer la suite de ta carrière en Super League ?

À l’heure actuelle, il n’y a concrètement rien d’arrêté. J’ai passé une saison très délicate l’année dernière alors, aujourd’hui, j’essaie de continuer à m’éclater comme je l’ai fait jusqu’à maintenant ici car c’est que du bonheur  de pouvoir m’exprimer sur le terrain. Je vis donc l’instant présent et après… adviendra ce qui pourra.

Revenons maintenant à tes débuts : tu as commencé jeune en rejoignant Auxerre dès l’âge de onze ans…

En fait, j’ai intégré le club d’Auxerre à onze ans, mais je suis rentré en sport études à l’âge de treize ans. C’est vrai que ça reste assez jeune mais, quelque part, c’est le foot qui veut ça et, aujourd’hui, on prend les joueurs encore plus tôt. Je ne regrette pas du tout d’avoir quitté le cocon familial aussi vite, même si c’est vrai que je suis quelqu’un de très famille. Du coup, à chaque fois que j’ai du temps libre, j’essaye de compenser en allant chez mes parents.

Quelques années plus tard, alors que tu as rejoint la réserve de Nancy, tu te retrouves rapidement titulaire dans l’équipe première et sors une grosse première saison avec plus de trente matchs joués et l’obtention d’une quatrième place finale historique. Quels souvenirs gardes-tu de cette période où tout a dû aller très vite ?

Oui, tout est allé d’autant plus vite que ce n’était, à la base, pas encore forcément prévu que j’aille jouer avec l’équipe première. J’avais signé un  premier contrat professionnel, mais c’était plus pour être avec l’équipe  réserve et pallier l’éventuelle défection d’un joueur. Finalement, j’ai fait une belle préparation, j’ai eu un peu de réussite et il faut aussi dire que j’étais vraiment bien encadré. Les joueurs qui étaient autour de moi m’ont tout de suite pris sous leurs ailes et conseillé alors, forcément, tu te sens redevable envers cette marque de confiance et tu donnes tout.

Malgré les blessures qui ont suivi, tu as refait une bonne saison avec Nancy, avant de partir pour Monaco. À ce moment-là, pourquoi avoir pris cette décision ?

J’étais arrivé à Nancy à l’âge de 17 ans et je pensais en avoir fait le tour. On avait joué le maintien, les premiers rôles et la Coupe d’Europe donc, à un moment donné, t’as aussi besoin d’aller voir ailleurs. Auxerre et Monaco se sont alors manifestés et ne pas considérer ces offres-là, c’est être fou. J’ai donc pris le temps de la réflexion et j’ai finalement signé à Monaco.

De cette période difficile, as-tu quand même pu retirer des choses positives ?

Oui et si c’était à refaire, je referais exactement les mêmes choix, même si on est descendus avec Monaco là où pas grand monde n’aurait mis une pièce sur notre relégation. J’ai appris de cette expérience et compris que tout était possible dans le football. On n’est jamais arrivé et le football de haut niveau exige une perpétuelle remise en question. 

Le temps est désormais venu de parler de « l’homme. » Tu donnes l’impression de quelqu’un de tranquille et « cool », on ne peut donc s’empêcher de te demander : est-ce que Chris Malonga peut s’énerver ?

(Rires) Oui. En fait, c’est vrai que je suis assez « cool », ce qui veut dire que c’est difficile de m’énerver et qu’il faudra vraiment que j’encaisse pas mal avant de pouvoir exploser. Ce qui est très rare, c’est vrai, mais ça peut arriver.

L’humilité semble aussi bien te correspondre : de ton magnifique solo ponctué d’un but contre Servette, tu as dit qu’il était « pas mal. » Alors, Chris Malonga, grand modeste ?

C’est clair que tout but fait plaisir, mais il faut savoir rester mesuré. Après, c’est vrai qu’il est joli et que je n’en marque pas des comme ça tous les week-ends (rires). Mais ce qu’il ne faut pas oublier, c’est qu’aujourd’hui moi je suis là pour me relancer, certes, mais pour pouvoir me relancer, il va déjà falloir que toute l’équipe tourne bien. Autrement dit, si l’équipe ne tourne pas bien, moi non plus. Ce n’est pas l’effet inverse, c’est pour ça que, au final, je ne fais pas une focalisation sur ça. Peut-être qu’à la fin de ma carrière, quand je regarderai à nouveau mes buts, je verrai les choses différemment mais, à l’heure actuelle, je reste mesuré parce que je sais ce que j’ai parcouru pour arriver jusqu’ici. Et je sais ce qu’il faut encore que je parcoure pour aller plus loin.

Et en dehors du foot, est-ce que tu as déjà des projets pour l’avenir ?

Non, je dirais que je ne suis pas aussi visionnaire que ça. Pour le moment, je me consacre à ma profession de footballeur et je ne regarde pas encore trop ce que je pourrais faire autour, bien que j’aie quand même quelques petites idées qui murissent dans ma tête. Mais l’idéal serait déjà de mettre ma famille à l’abri, le reste passe après.

Si tu n’avais pas été footballeur, tu ferais quoi ?

(Rires) Très bonne question. Ma mère me voyait dans le droit, comme avocat. Pourquoi pas, mais moi je suivais plutôt la filière commerciale dans mes études, ça m’intéressait bien. Mais je ne sais pas du tout, seul Dieu sait.

Tu es quelqu’un de très humain, qui fonctionne passablement à l’affectif. Est-ce que tu ne fais pas un peu figure d’exception dans le monde du football moderne ?

Non, je ne pense pas. À mon avis, même si on n’en parle pas trop, beaucoup de joueurs fonctionnent comme ça. Je pense notamment aux joueurs offensifs, parce qu’on a besoin d’une totale confiance pour pouvoir pleinement s’exprimer. Je ne crois donc pas être le seul dans ce milieu. Effectivement, il y a aussi des exceptions, mais ça dépend des comportements de chacun : il y en a qui n’ont pas besoin de ça et d’autres, comme moi, ont vraiment la nécessité de se sentir en confiance pour pouvoir avancer.

Ton équilibre, tu sembles aussi le trouver grâce à ta famille. D’ailleurs c’est en suivant l’exemple de ton grand frère que tu as commencé le foot…

Exactement, on va dire que j’ai voulu le copier (rires). Ma famille était là quand j’étais gamin, elle était là quand je n’étais, entre guillemets, « personne » et maintenant que je suis médiatisé, elle est toujours la même. On est huit enfants, plus mes parents, alors je compare toujours ça aux dix doigts de la main : tous ensemble et tous soudés, pour le meilleur et pour le pire.

Arrêts de jeu

Lionel Messi ou Cristiano Ronaldo ?

Lionel Messi ! Parce qu’il est au-dessus de Cristiano Ronaldo au niveau des stats, il est gaucher comme moi et parce qu’il est tout simplement exceptionnel.

Buteur ou passeur ?

(Rires) J’ai envie de dire passeur, mais je vais dire les deux parce qu’il faut vraiment que je fasse davantage la différence à la conclusion. Donc « match nul. »

France ou Congo ?

Les deux. Parce que je suis né, j’ai grandi, j’ai fait mes classes, bref, j’ai tout fait en France. Et congolais, parce que je le suis par mes parents et que je n’oublie pas que c’est la terre de mes ancêtres. J’ai passé beaucoup moins de temps au Congo qu’en France mais, mine de rien, je me sens autant citoyen français que congolais, autant redevable au Congo qu’à la France. 

Laurent Banide ou Laurent Roussey ?

Laurent Roussey. Parce que lui a su me donner la confiance.

Dread-locks ou « boule-à-zéro » ?

Dread-locks, parce que je n’ai jamais fait la « boule-à-zéro. »

Johan Micoud ou Johan Djourou ?

(Rires) Je ne connais pas personnellement Johan Djourou, mais j’ai envie de le citer. On va dire que j’ai eu moins d’antécédents avec lui qu’avec Johan Micoud.

Paris ou Marseille ?

Paris ! J’ai toujours été un fervent supporter du PSG.

Restau gastro’ ou « McDo » ?

(Rires) J’ai le droit d’utiliser un joker ? Alors joker !

Matt Moussilou ou Moncef Zerka ?

(Rires) Ah, la question ! Les deux, parce qu’ils ont chacun eu leur période d’efficacité au plus haut niveau et, surtout, parce que ce sont deux potes à moi. Deux frères.

« Gros rap qui tape » ou « lourd rock qui choque » ?

« Gros rap qui tape. » Sans prôner la violence ou quoi que ce soit, mais vu que je suis un jeune issu des quartiers, c’est la musique qui revient le plus souvent.

Paninis à manger ou Paninis à coller avec les yeux bandés ?

Paninis à manger, ça a meilleur goût. À coller avec les yeux bandés, c’était à Monaco et ce n’était pas simple du tout. Mais ça reste une bonne expérience (rires) !

Maspalomas ou Plaines-du-Loup ?

(Rires) Ça dépend par quel temps ! Je vais dire Plaines-du-Loup, parce que j’y suis plus souvent.